Lorsqu’on évoque la récupération d’eau de pluie, l’attention se porte naturellement sur les cuves de stockage et les systèmes de pompage / filtrations / traitement de l’eau.
Pourtant, la performance d’une installation dédiée à l’autonomie en eau se joue également en amont : sur les surfaces de toitures qui collectent l’eau, dans les gouttières qui acheminent l’eau et à travers les choix de matériaux qui influent sur la quantité et la qualité de l’eau de pluie récupérée.
Mal conçue ou mal dimensionnée, une installation peut être source de problèmes : débordements lors de pluies intenses, eau perdue faute de capacité d’évacuation suffisante ou encore dégradation prématurée de la qualité de l’eau par des matériaux inadaptés.
À l’inverse, une conception rigoureuse vous garantit efficacité, sérénité et un taux de récupération d’eau de pluie optimal .
Cet article aborde la réglementation relative à la récupération d’eau de pluie et vous propose quelques conseils techniques pour vous permettre de démarrer votre projet sur des fondations solides : quelles surfaces de collecte sont à privilégier ? Quels matériaux choisir ? Comment dimensionner correctement vos gouttières et descentes ? etc.
Cadre réglementaire et exigences techniques de la récupération d’eau de pluie
La récupération d’eau de pluie à usage domestique est encadrée par des textes précis :
- Le décret n°2024-769 du 12 juillet 2024 relatif à des utilisations d’eaux impropres à la consommation humaine (E.I.C.H.)
- L’arrêté du 12 juillet 2024 relatif aux conditions sanitaires d’utilisation d’eaux impropres à la consommation humaine pour des usages domestiques pris en application de l’article R.1322-94 du code de la santé publique
Ce que dit la réglementation
Les eaux de pluie utilisables à des fins domestiques doivent être collectées exclusivement à l’aval de surfaces inaccessibles.
Concrètement, cela concerne :
- Les toitures de bâtiments (maisons, dépendances, garages)
- Toute surface non accessible en dehors des opérations d’entretien et de maintenance
Cette exigence vise à limiter les risques de contamination microbiologique et chimique de l’eau de pluie collectée.
Une toiture accessible (terrasse, toit jardin fréquenté) expose l’eau à des pollutions diverses : piétinement, dépôts organiques, produits d’entretien, présence humaine ou animale.
Deux matériaux sont formellement proscrits pour la récupération d’eau de pluie :
- Les toitures en amiante (risque sanitaire majeur),
- Les toitures en plomb (contamination chimique de l’eau).
Au-delà de ces interdictions légales, le choix des matériaux de couverture conditionne directement la qualité et la quantité d’eau que vous pourrez récupérer.
Matériaux de couverture : privilégier la performance et la neutralité
Les matériaux recommandés
1. L’ardoise
Matériau noble et durable, l’ardoise présente une surface lisse, imperméable et inerte. Elle ne dégrade pas la qualité de l’eau et offre un excellent coefficient de ruissellement. Son entretien est minimal et sa longévité exceptionnelle.
2. La tuile (terre cuite)
Qu’elle soit mécanique, canal ou plate, la tuile en terre cuite constitue un excellent support de collecte. Sa porosité naturelle se sature rapidement en début de pluie, puis elle assure un écoulement régulier. Elle ne relargue aucune substance nocive dans l’eau
3. Le bac acier
Le bac acier offre une surface de ruissellement optimale et une durabilité importante. Veillez toutefois à privilégier des revêtements de qualité, exempts de traitements chimiques susceptibles de contaminer l’eau.
Les matériaux à proscrire
Certains matériaux, bien que courants dans la construction, sont fortement déconseillés pour la récupération d’eau de pluie dans un projet d’autonomie en eau.
1. Les revêtements bitumés (shingle)
Ces matériaux à base de bitume peuvent relarguer des hydrocarbures et autres composés organiques volatils dans l’eau de pluie, particulièrement sous l’effet du soleil et de la chaleur.
2. Les toitures en bois
Le bois, même traité, libère des tanins au contact de l’eau. Ces substances organiques colorent l’eau (teinte brunâtre) et peuvent favoriser le développement bactérien dans les cuves de stockage.
3. Les toitures végétalisées
Bien qu’esthétiques et écologiquement intéressantes sur d’autres plans (isolation, biodiversité, etc.), les toitures végétalisées ne sont pas adaptées pour la récupération d’eau de pluie dans un projet d’autonomie en eau, pour les 2 raisons suivantes :
- Pertes par absorption : environ 70 % du volume d’eau capté est absorbé par le substrat et les plantes
- Contamination organique : le ruissellement entraîne des sédiments, des particules de substrat et des matières organiques en décomposition vers les cuves de stockage, dégradant significativement la qualité de l’eau.
Entretien des surfaces de récupération d’eau de pluie
L’utilisation de produits anti-mousse pour toitures est à bannir si vous souhaitez récupérer et valoriser l’eau de pluie afin d’obtenir une eau biocompatible de haute qualité.
Le nettoyage haute pression n’est pas conseillée car cela risque fortement d’abîmer le revêtement de la surface de récupération d’eau de pluie.
Il est préférable de nettoyer les surfaces de récupération d’eau de pluie avec un brossage manuel ou en utilisant un jet basse pression avec vapeur à 155°C.
Pour plus de sécurité et une garantie de résultat, vous pouvez vous rapprocher d’une entreprise spécialisée dans le domaine.
Les gouttières : un maillon stratégique de la récupération d’eau de pluie
Un rôle déterminant dans la performance de votre installation

Les gouttières ne sont pas de simples accessoires décoratifs ou des éléments secondaires de votre installation. Elles constituent le premier maillon du système d’acheminement de l’eau vers vos cuves de stockage. À ce titre, elles influencent directement :
- La capacité de collecte : une gouttière sous-dimensionnée déborde lors de pluies intenses, générant des pertes importantes
- La qualité de l’eau : un mauvais écoulement favorise la stagnation, la décomposition de matières organiques et l’encrassement du système
- Le confort d’entretien : une installation bien conçue facilite le nettoyage et limite les interventions
Dimensionnement des gouttières et des descentes : les règles essentielles
Le dimensionnement des gouttières et des descentes repose sur un principe simple : adapter la capacité d’évacuation à la surface de toiture desservie.
Voici les valeurs de référence issues des normes professionnelles.
Tableau 1 : Dimensionnement gouttières et descentes selon la surface de toiture
| Surface projetée de toiture desservie | Développement de gouttière | Diamètre intérieur de descente |
| Moins de 35 m² | 16 cm | 60 mm |
| De 35 m² à 80 m² | 25 cm | 80 mm (1 ou 2 descentes) |
| Plus de 80 m² | 33 ou 40 cm | 100 mm (1 ou plusieurs descentes) |
Important : Le « développement de gouttière » correspond à la largeur utile (ou profondeur) de la gouttière, exprimée en centimètres. Cette valeur détermine la capacité de collecte.
Tableau 2 : Capacité d’évacuation des eaux de pluie selon le diamètre de descente
| Diamètre intérieur de descente | Surface de toiture desservie | Débit d’eau évacué |
| 60 mm | 32 m² | 1,2 L / s |
| 80 mm | 60 m² | 2,6 L / s |
| 100 mm | 90 m² | 4,6 L / s |
| 120 mm | 130 m² | 7,5 L / s |
Ces valeurs vous permettent d’anticiper les débits d’eau évacués et de vérifier la cohérence de votre installation. En cas de doute, privilégiez toujours le gabarit supérieur : le surcoût est minime et cela vous offre une marge de sécurité précieuse lors d’épisodes pluvieux intenses.
Les erreurs fréquentes à éviter
1. Sous-dimensionner les gouttières
Une gouttière de 16 cm sur une toiture de 60 m² déborde systématiquement lors de fortes pluies. Résultat : eau perdue, ruissellement sur les façades, érosion des fondations et frustration du propriétaire. Respectez scrupuleusement les gabarits recommandés.
2. Négliger le nombre de descentes
Au-delà de 90 m² de toiture, une seule descente de 100 mm peut s’avérer insuffisante. Multiplier les points d’évacuation répartit les débits, réduit les risques d’engorgement et facilite l’entretien.
3. Sous-dimensionner l’acheminement vers le stockage
Une descente de gouttière correctement dimensionnée (par exemple, 100 mm) doit être prolongée par une canalisation d’acheminement vers la cuve de diamètre équivalent ou supérieur. Réduire le diamètre crée un goulot d’étranglement et annule les bénéfices d’un bon dimensionnement en amont.
4. Installer des crapaudines en sortie de gouttière

Les crapaudines (petites grilles placées à la naissance des descentes de gouttières) sont à proscrire. Elles nécessitent un entretien rigoureux et régulier. Cela peut être fastidieux voir même dangereux selon la hauteur et la configuration des lieux.
Les crapaudines se bouchent rapidement avec les feuilles, brindilles et autres débris végétaux, provoquant :
- Un engorgement de la gouttière
- Un débordement lors des pluies
- Une stagnation d’eau favorisant la décomposition de matières organiques directement dans la gouttière, avant même le stockage
Les bonnes pratiques à adopter
1. Privilégier les grilles pare-feuilles

Installez des grilles pare-feuilles sur toute la longueur de vos gouttières.
Ces dispositifs empêchent les gros débris (feuilles, branchages) de se déverser dans les gouttières, tout en laissant l’eau s’écouler librement. Vous limitez ainsi l’engorgement du préfiltre placé en aval des cuves de stockage et préservez vos cuves de stockage d’un apport excessif de matières organiques indésirables.
2. Assurer une pente régulière
Les gouttières doivent être installées avec une légère pente en direction des descentes, pour éviter toute stagnation d’eau.
3. Inspections et entretiens réguliers
Même avec des grilles pare-feuilles, une inspection et, si besoin, un nettoyage annuel sont indispensables (idéalement en automne ou au printemps). Cela garantit un écoulement optimal et prolonge la durée de vie de votre installation.
5. Anticiper les débits exceptionnels
Le choix du matériel doit tenir compte des épisodes pluvieux intenses. En cas de doute, choisissez le gabarit supérieur : une gouttière de 33 cm plutôt que 25 cm, une descente de 100 mm plutôt que 80 mm. Cette marge de sécurité vous évitera bien des déboires.
La performance commence en amont
Un système de récupération d’eau de pluie performant ne se résume pas à une grande superficie de collecte et un bon système de filtration. Il se conçoit en amont, dès la toiture, à travers le choix éclairé des matériaux de couverture, le respect de la réglementation, le choix des dimensions, de l’emplacement et du nombre de gouttières et de descentes.
Négliger ces aspects, c’est accepter de perdre une partie significative de l’eau de pluie qui tombe sur votre toit, de compromettre la qualité de l’eau collectée et de multiplier les interventions d’entretien.
À l’inverse, une conception soignée de ces éléments vous garantit :
- Un taux de récupération d’eau de pluie optimal
- Une qualité d’eau préservée dès la récupération
- Un confort d’usage et une sérénité sur le long terme
Bon à savoir
Un webinaire dédié à la récupération d’eau de pluie été réalisé par Pierre l’Ecoleau et moi-même.
Ce webinaire est hébergé sur la plateforme Patreon du réseau PERPERUNA. Pour vous y rendre, cliquez sur le lien ICI
